Shutdown à Washington, panne de courage à Paris

Les États-Unis vivent au ralenti, mais débattent. La France dépense sans compter, mais se tait. Le shutdown américain agit comme un miroir cruel : là-bas, on assume la confrontation ; ici, on subventionne la résignation.

Quand les Américains coupent dans le superflu, la France entretient l’inutile

Depuis deux semaines, une partie de l’administration américaine est à l’arrêt. Faute d’accord budgétaire entre la Maison-Blanche et le Congrès, les États-Unis vivent un nouveau shutdown : musées fermés, agences fédérales à l’arrêt, fonctionnaires en congé forcé. Washington et son marais sont habitués à ce rituel de crise. Les médias s’en indignent, les marchés observent, mais la démocratie américaine, elle, continue de tourner. L’armée, la police, la justice, la sécurité sociale fonctionnent. Seuls les services jugés “non essentiels” sont suspendus. Et c’est bien là que réside la question que la France, elle, n’ose jamais poser : si une administration peut s’interrompre quinze jours sans que personne ne s’en aperçoive, faut-il vraiment la financer toute l’année ?

Les Républicains veulent réduire les dépenses, les Démocrates du Sénat refusent de voter la loi de finances temporaire — la Continuing Resolution — tant que leurs priorités ne sont pas financées. Parmi elles : plus de 1500 milliards de dollars supplémentaires pour prolonger des programmes d’aide hérités de l’ère Obama, y compris pour des immigrés en situation irrégulière. Oui, vous avez bien lu ! Donald Trump, lui, théâtralise le bras de fer : il sait que ses adversaires se piégeront par leurs propres calculs politiciens. Règle élémentaire de l’Art de la guerre : ne jamais interrompre un ennemi en train de commettre une erreur. 

L’Amérique se déchire, mais débat. Elle assume le désaccord. Et c’est bien ce qui distingue Washington de Paris : quand les États-Unis bloquent pour défendre des principes, la France débloque pour acheter la paix sociale.

Une radiographie de l’État

Le shutdown agit comme une radiographie de l’efficience gouvernementale : il distingue le vital de l’accessoire, l’essentiel du cosmétique. Les Républicains exigent une réduction de la dette et un recentrage sur les missions régaliennes. Les Démocrates dénoncent un “chantage” budgétaire. Mais derrière le tumulte partisan, l’Amérique pose une question simple : que doit faire l’État, et à quel prix ?

En France, cette question n’est jamais posée. Quand l’État manque d’argent, il emprunte. Quand il s’endette, il taxe. Et à la fin de la journée c’est encore Nicolas qui paie. Réformer consisterait à dépenser autrement, jamais à dépenser moins. Nos gouvernants rêvent d’efficacité publique, mais refusent la sobriété étatique. Résultat : un pays sous perfusion budgétaire permanente, qui dépense 57 % de sa richesse nationale sans jamais se demander pourquoi.

La “continuous illusion” française

Chez nous, il n’y a pas de shutdown ; il y a une illusion continue. La machine tourne, même quand elle ne sert plus à rien. La France compte plus de 1 200 agences, hautes autorités et observatoires parmi lesquelles des officines, aussi politisées qu’inutiles, comme l’ARCOM, l’ADEME ou le CESE pour un coût global de 80 milliards d’euros annuels. Chacune vit sa vie, chacune défend son budget comme un fief. Leur disparition ne changerait rien au quotidien des Français, mais toutes se proclament “essentielles”.

Et pendant ce temps, l’on découvre que les étudiants étrangers bénéficient des APL pour près de 300 000 personnes, pendant que les étudiants français s’entassent dans des chambres insalubres. Le débat sur l’utilité des dépenses publiques n’a jamais lieu : il est considéré comme tabou, voire indécent. C’est pourtant ce débat qu’impliquerait l’instauration d’un budget base zéro : partir de rien, justifier chaque dépense, et donner enfin de la transparence et de la responsabilité à ceux qui vivent sur l’argent public.

La politique devenue boutique

La paralysie n’est pas qu’administrative, elle est morale. Le refus d’une partie des députés d’opposition de voter la censure contre le gouvernement Lecornu II en est une démonstration parfaite : on préfère ménager ses alliances plutôt qu’assumer une conviction. Nos élus, transformés en boutiquiers de la politique, défendent moins des idées que des positions et leur siège. L’Assemblée n’est plus un forum, mais une copropriété où chacun protège sa rente électorale.

Mais les temps changent : les réseaux sociaux permettent désormais d’interpeller les représentants du peuple, de leur demander des comptes sur leurs non-votes. La transparence n’est plus une promesse, elle devient une exigence citoyenne. À Washington, le blocage est un choix de courage ou de théâtre politique, celui d’assumer la confrontation. À Paris, l’immobilisme est devenu une stratégie de survie.

L’État, cette entreprise sans client

La crise américaine rappelle qu’un État, comme toute organisation, doit pouvoir se remettre en cause. Dans le privé, une entreprise inutile ferme. Dans le public, elle devient un droit acquis. Le shutdown révèle cette vérité : la grandeur d’une nation ne dépend pas de la taille de son administration, mais de sa capacité à hiérarchiser ses priorités. Les Américains s’affrontent sur la méthode, mais partagent la conviction que l’État doit rendre des comptes. En France, la dépense est devenue un anesthésiant politique : on ne réforme plus, on perfuse.

Le vrai courage politique

Le shutdown n’est pas une panne mais une épreuve de vérité. Il rappelle qu’il y a des moments où il faut savoir couper pour sauver. La France, elle, repousse toujours l’effort au lendemain, au nom de la “solidarité”. Mais la solidarité ne vaut que si elle repose sur la responsabilité. Nous vivons à crédit, matériellement et moralement. Et rappelons-le : nous ne manquons pas seulement d’argent, nous manquons de discernement. Le courage politique est devenu la première des raretés. François Bert l’avait écrit, et le général Pierre de Villiers l’a confirmé : le temps des chefs est venu.

Les États-Unis suspendent le superflu pour sauver l’essentiel. La France, elle, subventionne le superflu pour masquer l’essentiel. Il faudra bien, un jour, choisir notre camp.

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