A l’heure de l’IA, l’immigration choisie devient un grand déclassement

On nous a vendu l’immigration choisie comme le miracle économique absolu. En réalité, elle est devenue le grand déclassement silencieux des classes moyennes diplômées : nos ingénieurs supplantés au profit de profils low-cost, dociles et « diversitaires ». Le visa H-1B et le passeport talent, conçus pour attirer les génies, servent aujourd’hui à importer une main-d’œuvre captive et sous-payée. Le remède est devenu le poison, affirme Nicolas Conquer, porte-parole des Republicans Overseas France et auteur de Vers un Trump français ? (Fayard, 2026).

Ce qui fut conçu pour attirer les meilleurs cerveaux du monde est désormais le principal outil de dumping social des géants de la tech. Aux États-Unis, 85% des 400 000 visas H-1B annuels partent vers l’Inde et la Chine.

Les premiers bénéficiaires ne sont plus Google ou Tesla, mais des sous-traitants qui importent des bataillons d’ingénieurs à bas coût, enchaînés à leur employeur sous peine d’expulsion immédiate. Un titulaire de visa H-1B coûte 40 à 60% de moins qu’un Américain de même qualification. Le visa de l’excellence est devenu le visa à bas coût..

Le double discours des entreprises woke

Le paradoxe est savoureux. Les mêmes entreprises qui pleurent le manque de talents pratiquent un DEI agressif : on veut moins de « mâles blancs » dans les équipes techniques. Delphine Ernotte l’avait dit crûment en 2015 : « Il faut que ça change. » Dix ans plus tard, les DRH du CAC 40 et de la Silicon Valley répètent le même refrain.

Résultat : on recrute à l’étranger des profils « diversitaires » dociles plutôt que des ingénieurs français ou américains compétents mais pas assez hauts sur l’échelle de l’intersectionnalité. L’immigration qualifiée n’est plus seulement économique ; elle est devenue l’instrument du grand remplacement idéologique des classes moyennes diplômées autochtones.

La fracture béante de la droite américaine

Au sein de la droite américaine, la fracture est béante. Les libertariens – Musk, Thiel – réclament la suppression totale des plafonds. Les ouvriers et employés de la Rust Belt, cœur historique de MAGA, hurlent que ces visas volent l’avenir de leurs enfants diplômés. Les national-conservateurs – Vance, Bannon – vont plus loin : même un ingénieur indien finit par voter démocrate et faire venir sa famille.

Trump doit aujourd’hui composer avec cette coalition aux intérêts divergents : il ne peut ni se détourner de la base populaire qui l’a porté au pouvoir, ni se fâcher avec les puissants donateurs de la Silicon Valley. Selon un sondage récent The Economist/YouGov, 60% des électeurs républicains veulent réduire ou supprimer les H-1B.

La nouveauté : la colère n’est plus seulement ouvrière ; elle monte aussi chez les classes moyennes diplômées, hier encore convaincues par la « mondialisation heureuse » et aujourd’hui concurrencées par des exécutants low-cost et dociles.

L’intelligence artificielle rend le système encore plus absurde

Pour la première fois de l’histoire, la révolution technologique frappe directement les diplômés des classes moyennes et supérieures. Le cabinet McKinsey prévoit que 45% des tâches de développeur seront automatisables d’ici 2030.

Les offres d’emploi de jeunes diplômés ont chuté de 35 % depuis 2023 aux États-Unis, et les embauches ont baissé de 50 % dans les grandes entreprises tech. Importer massivement des codeurs à l’heure où les IA les remplacent relève de la folie économique pure.

On nous avait promis que les pays en développement resteraient l’atelier du monde. Ils sont devenus nos concurrents directs. Et c’est nous qui payons pour notre propre remplacement salarial.

La baisse de niveau universitaire accélère le phénomène

À Harvard, les “A” (mention Très bien) représentent désormais 60% des notes, contre 40% il y a dix ans et 24% il y a vingt ans. Ce phénomène d’inflation des notes fait que le diplôme ne distingue plus l’excellence de la médiocrité.

Une génération entière se croit exceptionnelle parce que son parchemin est gonflé : c’est l’effet Lake Wobegon, cette illusion collective où tout le monde se pense « au-dessus de la moyenne ».

En France, le classement PISA 2022 place nos élèves au 23e rang mondial en mathématiques, derrière l’Estonie et la Slovénie. Nos jeunes ingénieurs se retrouvent dépassés par des profils étrangers plus dociles et moins coûteux. Résultat : les salaires d’embauche stagnent en euros constants depuis 2019 d’après l’observatoire Hexagone, et les entreprises importent la compétence… pendant que nous subissons le déclassement.

La France suit le même chemin

La France suit le même chemin avec quinze ans de retard et la même cécité. En 2024, 58 000 titres « passeport talent » ont été délivrés. Une part croissante des recrutements en SSII repose sur des profils extra-européens. Les études Syntec montrent que les entreprises du numérique privilégient de plus en plus ces candidatures pour des raisons cyniques de réduction de coûts.

Pendant ce temps, le chômage des immigrés originaires d’Afrique subsaharienne avoisine les 20 %, soit trois fois plus que chez les natifs, selon l’Insee. Nous importons donc à la fois des ingénieurs low-cost pour concurrencer nos diplômés et des travailleurs peu qualifiés dont le chômage explose et dont l’insertion reste très difficile. Double dumping, double déclassement.

Aucune réciprocité, aucun retour

Un ingénieur allemand peut travailler en France et inversement : le flux est circulaire. Un immigré sur un visa qui s’installe en Occident : c’est définitif. Le pays d’origine ne récupère ni talent formé ni investissement, seulement des transferts de fonds de migrants – 129 milliards de dollars par an pour l’Inde et la France est le premier contributeur européen avec 16 milliards d’euros selon l’Observatoire de l’immigration et de la démographie. Nous payons pour former la concurrence et déclasser nos enfants.

Il est temps de rompre avec l’angélisme : l’immigration qualifiée n’est pas toujours utile. Il faut donc : plafond strict (15 000/an en France, 50 000 aux États-Unis), réciprocité réelle (un entrant = un sortant), contrat de retour après cinq-sept ans sans naturalisation automatique, priorité absolue à la formation et à la revalorisation salariale de nos talents, protectionnisme technologique coordonné. L’immigration choisie doit redevenir un scalpel, pas la hache qui décapite l’avenir de nos classes moyennes diplômées.

Cette question deviendra l’une des dimensions majeures des prochaines échéances électorales en France. Ceux qui continueront de célébrer « l’immigration choisie » sans condition seront jugés pour ce qu’ils sont : les fossoyeurs silencieux de la mobilité sociale de nos enfants.

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